mercredi 30 septembre 2026
Marché du jardin 2025 : un bilan contrasté et l’ordre du jour pour retrouver de la valeur
Quatrième année consécutive de recul, un chiffre d’affaires estimé à 7,6 milliards d’euros (-2 %) et une volatilité saisonnière prononcée : le marché du jardin a connu en 2025 des dynamiques contrastées. Si l’entretien et les produits de loisir ont résisté, l’aménagement extérieur et la motoculture ont lourdement pesé sur les résultats. Ce bilan appelle à repenser les leviers de croissance : création de valeur, accompagnement des projets et offres simplifiées.
Les éléments présentés ici reposent sur les données propriétaires de Promojardin-Promanimal : un panel distributeurs (GSA, GSB, spécialistes jardin, e‑commerce) et un panel consommateurs (1 000 interviews mensuelles, soit 12 000 par an). Le périmètre couvre les univers végétal, équipement et consommables vendus dans ces circuits. L’analyse combine le suivi des chiffres d’affaires (effet volume / effet prix) et l’observation des comportements et intentions d’achat des ménages.
Chiffres clés
Une année en demi-teinte En 2025, le marché du jardin est estimé à environ 7,6 milliards d’euros, contre 7,7 milliards en 2024, soit une baisse annuelle de 2 %. Cette diminution résulte à parts égales d’un léger repli des volumes (≈ -1 %) et d’un effet prix négatif (≈ -1 %), après plusieurs années d’inflation, la baisse moyenne des prix a réduit le chiffre d’affaires. Sur dix ans, le marché reste toutefois près de 4 % au‑dessus du niveau de 2019, mais sa croissance tendancielle est quasiment deux fois plus faible qu’avant 2020.
Volatilité saisonnière
Printemps fort, été pénalisant : l’année a été marquée par une forte variation mensuelle. Un rebond impressionnant s’est dessiné au printemps (avril +10 %, mai positif), mais la dynamique s’est brisée dès juin (‑9 %) et s’est aggravée pendant l’été (juillet ‑14 %, août ‑12 %), annulant les gains du premier semestre. Les conditions météorologiques, globalement favorables sur l’année (températures légèrement supérieures à la normale, déficit pluviométrique modéré), ont surtout bénéficié à la première moitié de l’année, sans traduire un redressement durable.
Pourquoi le rebond n’a pas tenu
Plusieurs facteurs expliquent la performance médiocre :
- Prudence des ménages : le taux d’épargne reste élevé (≈ 18 %), traduisant une épargne de précaution malgré un reflux de l’inflation. La consommation en biens demeure contrainte.
- Immobilier encore insuffisant : la reprise du marché immobilier (≈ 940 000 transactions en 2025) reste fragile pour soutenir massivement les projets d’aménagement extérieurs, historiquement liés aux achats d’équipement lourd.
- Évolution structurelle : la pratique du jardinage demeure forte (≈ 84 % de Français déclarent jardiner), mais le passage à l’acte d’achat diminue (65 % ont acheté en 2025 vs 69 % en 2024). L’intérêt est là ; la décision d’achat est devenue plus réfléchie et arbitrée.
Les freins à l’achat : comprendre les non‑achats
L’analyse des réponses consommateurs éclaire les raisons de l’absence d’achat :
- 53 % estiment « avoir déjà ce qu’il faut » : le taux d’équipement élevé limite le marché de renouvellement spontané.
- 22 % invoquent un frein budgétaire, une contrainte réelle, mais en recul par rapport aux deux années précédentes.
- 16 % préfèrent investir dans d’autres postes (loisirs, intérieur) ; 16 % ne comptent pas profiter de l’extérieur à court terme.
Ces éléments montrent que l’enjeu n’est pas de susciter l’envie du jardin, mais de déclencher l’achat en apportant de la valeur perçue.
Segments gagnants et perdants
La performance diffère fortement selon les univers :
- Gagnants : végétal (plantes à massif), consommables (terreau), contenants (terre cuite) et produits outdoor/loisirs (protections solaires +15 %, barbecues +3 %). Ces segments liés à l’entretien et à la convivialité ont montré une forte résilience.
- Perdants : aménagement extérieur (clôtures/occultations ‑8 %) et motoculture/outils motorisés (tondeuses ‑15 %), secteurs sensibles aux projets d’habitat et aux achats impliquants.
- Circuits : les GSA ont mieux tiré leur épingle du jeu grâce à un assortiment orienté loisirs ; les enseignes de bricolage ont souffert (mix axé aménagement), les spécialistes reflètent la moyenne du marché (‑2 %) et l’e‑commerce poursuit sa progression (+8 %).
Perspectives 2026 : prudence, mais pistes de redressement
Les prévisions restent conditionnelles : la conjoncture macroéconomique et l’évolution géopolitique pèseront sur la consommation. Des signaux sont cependant encourageants : la reprise immobilière devrait se poursuivre (prévisions FNAIM ≈ 970 000 transactions) et les premiers mois de 2026 affichent des signes de redressement (Promojardin : février +3 %). Côté intentions, seuls 13 % des propriétaires envisagent d’augmenter leur budget jardin en 2026, tandis que 27 % comptent le réduire et 42 % le maintenir, un solde net faible mais laissant la porte ouverte à des opportunités ciblées.
Trois leviers prioritaires pour recréer de la valeur
Pour inverser la tendance, les acteurs doivent privilégier la création de valeur plutôt que la course au volume :
- Innover et différencier : montée en gamme, offres durables et produits au bénéfice clairement démontré.
- Renforcer la perception d’utilité : messages centrés sur les bénéfices concrets (gain de temps, facilité d’utilisation, durabilité) pour lever l’hésitation.
- Accompagner les projets : services, solutions clés en main, packs et pédagogie commerciale pour réduire l’effort perçu et faciliter la décision d’investissement.
Conclusion
2025 confirme que le marché du jardin est en pleine mutation : la pratique reste stable et attachée à l’extérieur, mais l’acte d’achat se complexifie. La croissance future dépendra moins d’un retour aux volumes passés que de la capacité des professionnels à créer de la valeur, à simplifier l’expérience d’achat et à accompagner des projets plus réfléchis. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les premiers signaux positifs se transforment en reprise durable.
Toutes les données présentées sont issues du Panorama Sectoriel Jardin 2026 Promojardin-Promanimal.
Contact : Hanan Abdesselem - 01 45 43 25 25