mercredi 4 février 2026
L’ère des agents acheteurs, un tournant pour le commerce spécialisé
Longtemps perçue comme une technologie lointaine ou réservée aux géants du numérique, l’intelligence artificielle est aujourd’hui entrée dans une phase de maturité qui concerne directement le commerce spécialisé. Jardineries et animaleries ne font pas exception.
Depuis 2022, l’IA générative a démontré sa capacité à produire des contenus : textes, images, vidéos, fiches produits, réponses clients ou supports marketing.
Mais une nouvelle étape est en train d’être franchie : celle de l’IA agentique.
Contrairement à une IA utilisée sur simple instruction ponctuelle, l’IA agentique fonctionne à partir d’un objectif. Elle est capable de planifier des actions, de mobiliser des outils, de s’appuyer sur une mémoire (données, documents, historique) et d’agir de manière semi-autonome dans un cadre défini.
On ne parle plus seulement d’outils, mais de nouveaux modes d’orchestration du travail et de la décision.
On ne parle plus seulement d’outils, mais de nouveaux modes d’orchestration du travail et de la décision.
Des usages déjà massifs côté consommateurs
Ce basculement n’est pas théorique. Aux États-Unis, près de 25 % des consommateurs déclarent avoir déjà réalisé un achat via une interface conversationnelle ou un agent d’IA.
Recherche, comparaison, recommandation, constitution de paniers, choix des options de livraison ou de retrait : l’agent devient un intermédiaire à part entière dans l’acte d’achat.
Recherche, comparaison, recommandation, constitution de paniers, choix des options de livraison ou de retrait : l’agent devient un intermédiaire à part entière dans l’acte d’achat.
Cette évolution marque une rupture profonde avec les parcours traditionnels fondés sur la recherche par mots-clés. Le consommateur ne navigue plus de site en site : il exprime une intention, et l’IA s’en charge
.
Du SEO au GEO : un enjeu stratégique pour les enseignes
Dans ce nouveau contexte, l’enjeu pour les enseignes n’est plus uniquement d’avoir un site web bien rédigé et performant en SEO.
Demain, le véritable sujet sera d’être présent dans les modèles d’IA, et surtout de rendre ses produits, ses données et son expertise consultables, compréhensibles et exploitables par les agents.
Concrètement, ce sont les agents qui :
- consulteront les catalogues produits,
- analyseront les caractéristiques, les compatibilités et les avis,
- vérifieront la disponibilité et les prix,
- proposeront directement des paniers cohérents aux clients.
La question stratégique devient alors : nos produits et nos données sont-ils identifiés comme des sources fiables par les agents d’IA ?
Être visible ne suffira plus. Il faudra être compris, crédible et recommandé. C’est tout l’enjeu de la transition du SEO vers le GEO (Generative Engine Optimisation).
Des impacts très concrets pour le commerce
L’IA agentique ne se limite pas à des promesses théoriques. Plusieurs acteurs du commerce et des services l’utilisent déjà pour transformer en profondeur leur organisation, leurs processus et leur relation client.
Chez Walmart, l’IA agentique est déployée sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
Côté client, des assistants d’achat conversationnels sont capables de proposer des paniers cohérents, de comparer des produits, de synthétiser des avis et de suggérer des alternatives compatibles, jusqu’à permettre l’achat direct sans passer par un site e-commerce classique.
Côté interne, des agents analysent les ventes, expliquent les contre-performances, ajustent les prévisions et déclenchent des actions de réassort ou de pilotage des assortiments sous supervision humaine.
Dans le secteur des services, Booking a intégré des agents capables d’accompagner l’utilisateur de bout en bout : formulation de l’intention, comparaison des offres, recommandations personnalisées, ajustement des critères et finalisation de la réservation en langage naturel.
L’agent ne se contente plus d’afficher des résultats : il oriente la décision et simplifie radicalement le parcours.
Ces logiques sont désormais directement accessibles dans des environnements comme ChatGPT, où des agents peuvent :
- analyser une demande complexe exprimée en langage naturel,
- comparer des offres, produits ou services,
- synthétiser des avis et des données hétérogènes,
- proposer une décision ou un plan d’action prêt à l’emploi.
Pour les entreprises du commerce spécialisé, les applications sont immédiates :
- assistants internes capables de répondre à une large part des questions SAV et terrain,
- agents d’aide à la construction des assortiments et des fiches produits,
- analyse automatisée des ventes et des stocks avec recommandations actionnables,
- support à la prise de décision pour les équipes achat, marketing ou supply chain.
L’IA agentique ne vient donc pas seulement optimiser l’existant. Elle recompose la manière dont les organisations décident, arbitrent et agissent, en passant d’une logique d’exécution manuelle à une logique d’orchestration intelligente.
Redonner du temps et du sens aux équipes
L’un des apports majeurs de l’IA agentique ne réside pas uniquement dans la productivité. Il tient aussi à la recomposition du rôle humain.
En automatisant des tâches répétitives, chronophages ou à faible valeur ajoutée, l’IA permet aux équipes de se recentrer sur ce qui fait la force du commerce spécialisé : le conseil, l’expertise, la pédagogie, la relation et la confiance.
Pour un secteur fondé sur le vivant, la proximité et l’accompagnement des clients, cet enjeu est central.
Un cadre à construire collectivement
Ces transformations s’accompagnent de questions essentielles : gouvernance des données, transparence des usages, cybersécurité, conformité réglementaire, notamment dans le cadre de l’AI Act européen.
L’IA ne peut être un angle mort stratégique. Elle doit s’inscrire dans un cadre clair, partagé et responsable, avec une cartographie des usages, des règles de supervision humaine et une montée en compétences progressive des équipes.
Anticiper aujourd’hui pour rester maître du jeu demain
L’IA agentique ne pose donc pas uniquement une question technologique, mais une question de positionnement stratégique.
Être présent dans les modèles, rendre ses produits compréhensibles par les agents, structurer ses données et ses processus devient un nouveau prérequis du commerce.
Pour les jardineries et animaleries, l’enjeu est clair : ne pas laisser d’autres acteurs parler à leur place, recommander à leur place, décider à leur place.
En investissant dès aujourd’hui ces nouveaux standards, le commerce spécialisé peut rester maître de la relation client, tout en gagnant en efficacité et en lisibilité.
L’IA agentique ne fera pas disparaître les jardineries. Elle décidera simplement de celles qui resteront visibles.